Trésor de la cathédrale de Liège

Cloître de la cathédrale
rue Bonne-Fortune, 6

Du mardi au dimanche
de 14 à 17 h

Plus d'infos...

Actualités

Au temps du Roi-Soleil
Regards sur le XVIIe siècle

Exposition à découvrir
du 15 juillet 2011
au 25 janvier 2012

Conférences & concerts

Cycle de conférences
2011-2012

Prochaine conférence :
mardi 7 février 2012

Programme complet...


Concerts au Trésor

Prochain concert :
samedi 29 octobre 2011

Programme complet...

Bloc-Notes

La publication trimestrielle du Trésor

À découvrir...

Sons et images

Le Trésor en vidéo

À découvrir...

Newsletter
Inscrivez-vous pour recevoir la newsletter trimestrielle.

Adresse de courriel :
Inscription  
Désinscription

Les évêques

Saint Lambert

De l'histoire à la légende

(première partie)

 

Pour retracer l'histoire de saint Lambert, on ne dispose pratiquement que d'un seul document : la Vita Landiberti episcopi Traiectensis vetustissima.

Ce texte fut rédigé par un clerc du diocèse qui n'a pas connu personnellement saint Lambert mais qui a été en mesure d'interroger des contemporains du prélat. L'auteur écrivait dans le second quart du VIIIe siècle et plus précisément entre 727 et 743 environ.

La Vita Landiberti est une source dont la valeur est indéniable mais sur la nature de laquelle il convient de ne pas se méprendre: la Vie de saint Lambert, en effet, n'est pas une biographie. C'est un texte liturgique. Plus précisément une lectio qui devait être lue chaque année, le 17 septembre, jour où l'on célébrait, dans la "basilique" de Liège sans doute, l'anniversaire de la mort du saint.

De cette première remarque en découlent deux autres :

Tout d'abord, force nous est de constater que la Vie de saint Lambert ne nous apprend pas grand-chose sur sa vie l Il ne s'agit pas, à proprement parler, d'un "défaut" comme on l'a parfois écrit. L'auteur, en réalité, s'attache avant tout à dépeindre les mérites et les vertus du saint et à nous raconter les circonstances de sa mort, "le dénouement glorieux de son martyre". Ce qui compte, dans l'histoire de ce héros, c'est son cheminement vers la sainteté et son « triomphe avec le Christ.»

Il convient ensuite de noter que l'auteur écrit dans un latin qu'il qualifie lui-même de « sobre », de « maladroit » et d'« inculte ». Aussi Léon van der Essen écrivait-il à propos de ce texte : « La forme (...) nous révèle un homme peu instruit, un barbare à peine frotté de latin. Il a porté les défauts du latin de son époque à un point qui le rend presque inintelligible.» Cette opinion ne nous paraît pas conforme à la réalité. Est-on en droit d'affirmer, sans nuance, que ce latin est presque inintelligible alors que l'auteur, précisément, a tout fait pour le rendre intelligible ? En réalité, la Vie de saint Lambert, qui appartient au second quart du VIIIe siècle, fut rédigée à cette époque cruciale au cours de laquelle la langue latine s'est définitivement transformée en langue romane: elle fut écrite dans ce qu'on appelle la scripta latina rustica qui s'écartait sensiblement du latin antique parce qu'elle se voulait, dans toute sa rusticité, accessible au plus grand nombre lors des célébrations liturgiques.

Il nous reste à dire que la Vie la plus ancienne vie saint Lambert, conformément aux usages littéraires du temps, s'appuie sur un modèle. Dans l'hagiographie mérovingienne, en effet, le plagiat est un procédé fréquent auquel il convient d'être attentif. Les données historiques que l'auteur utilise proviennent, la plupart du temps, de la tradition orale et sont, de surcroît, assez minces. Il est donc nécessaire de gonfler son texte par un bourrage de stéréotypes. Il est même commode de rédiger son œuvre en pillant pieusement le travail d'autrui. Dans le cas présent, le modèle utilisé - Godefroid Kurth l'a parfaitement démontré - est la Vie de saint Eloi évêque. de Noyon-Tournai mort en 660. La Vita sancti Eligii venait de faire l'objet d'un important remaniement: elle apparaissait donc comme parfaitement adaptée au goût du jour et c'est bien dans cet esprit, nous semble-t-il, qu'elle fut utilisée par l'auteur de la Vie de saint Lambert.

« Le glorieux pontife Lambert était originaire de la ville de Maastricht. Il fut nourri par des parents riches en domaines au sein d'une famille convertie depuis longtemps au christianisme où figuraient des comtes respectés.»

C'est par cette phrase, riche en informations, que s'ouvre le récit de la vie de Lambert.

L'évêque est originaire de la ville de Maastricht. Est-il nécessaire de répéter que le diocèse de Tongres, héritier de l'antique civitas Tungrorum, n'avait plus Tongres pour chef-lieu, mais Maastricht qui s'était développée au bord de la Meuse ? A la vieille cité romaine, les évêques de Tongres ont préféré la ville mosane - centre économique important - dont ils ont fait leur résidence principale.

La famille de Lambert est riche. Elle se trouve à la tête d'un vaste patrimoine foncier situé sans doute, pour l'essentiel, dans la région de Maastricht. En tout cas, c'est dans l'oppidum même que cette famille est installée. Le père de saint Lambert sera d'ailleurs enterré dans une église dédiée à saint Pierre, toute proche de la ville. Plusieurs de ses parents détiennent des fonctions comtales. Il appartient donc à l'un des grands lignages du pays mosan et il est permis de se demander s'il n'est pas un jour devenu évêque de Maastricht grâce à l'influence des siens qui considéraient sans doute le diocèse comme un évêché de famille.

Mais revenons à cette première phrase de la Vita où il est dit que la race de Lambert était « convertie depuis longtemps au christianisme.» Que vaut cette information qui provient d'une expression toute faite de la Vita sancti Eligii ? Constatons, en premier lieu, que le biographe de saint Lambert n'utilise pas son modèle de façon servile et, en second lieu, que l'expression incriminée, toute stéréotypée qu'elle puisse paraître, devait avoir, pour un auditeur du VIIIe siècle, une résonance très profonde. La christianisation de nos régions était alors fort imparfaite. Saint Lambert lui-même propagerait la foi chrétienne dans la Toxandrie, toute proche de Maastricht, et son successeur Hubert, lui aussi, aurait fort à faire pour extirper le paganisme de cette région, du Brabant et des Ardennes. La famille de Lambert résidait en ville, dans le voisinage même d'un évêque: il peut paraître normal qu'elle ait été convertie, très tôt, à la religion chrétienne. Rien ne prouve, cependant, que les masses paysannes et l'aristocratie des campagnes aient été touchées par le christianisme avec la même intensité.

Tout jeune, poursuit l'hagiographe, Lambert fut confié à des « hommes savants et historiens », entendez à des spécialistes de l'histoire, c'est-à-dire, semble-t-il, de l'écriture sainte : Lambert est initié aux textes sacrés.

Cet enseignement terminé, son père le « recommande » (commendare), le confie en tutelle, à Théodard, évêque de Tongres-Maastricht (ca 669-670), « afin qu'il soit instruit, à la cour royale, des dogmes divins et de la discipline monastique.» Tout laisse croire que l'évêque Théodard était alors, dans le palais du roi, un homme influent. La cour royale mérovingienne, en effet, accueillait de jeunes aristocrates - connus sous le nom de "nourris" (nutriti) ou de « commandés » (commendati) du roi - qui recevaient là-bas, en même temps que les princes royaux, une éducation qui devait faire d'eux des agents de l'état: en d'autres termes, des hommes capables d'administrer et de faire la guerre.

Or tel est bien le régime auquel notre adolescent fut alors soumis. À propos de son stage tant auprès du pontife que dans la maison royale l'auteur de la Vita écrit que Lambert « était extraordinairement beau, qu'il était fort et vif, très agile, vigoureux dans la guerre; l'âme sereine, la stature élégante ; ferme dans la charité, la chasteté et l'humilité, il se consacrait à l'étude.»

Portrait curieux, assurément. Sous la plume de l'hagiographe surgit un personnage étonnant qui combine, de façon peu cohérente au premier abord, les idéaux de la sainteté et les vertus aristocratiques.

Il est beau, car l'apparence physique est le reflet de l'âme. La beauté de Lambert procède de la beauté de Dieu. Il est également charitable, chaste, humble et studieux. Bref, il concentre sur sa personne toutes les qualités traditionnelles des héros de l'hagiographie. Plus surprenantes, par contre, sont les précisions relatives à sa force physique et à la souplesse de son corps : saint Lambert, dans sa jeunesse, était un redoutable guerrier.

Aux VIe et VIIIe siècles, se développe ce que l'on a appelé, très exactement, une "culture aristocratique cléricale ". Cette culture est l'aboutissement d'une interpénétration beaucoup plus intime de l'église et du monde laïc. Elle résulte du désir, plus ou moins conscient au sein de l'aristocratie, de reconstituer les forces charismatiques qu'elle avait perdues en renonçant au paganisme. Devenue chrétienne, l'aristocratie franque se sentait comme diminuée, car il n'était plus question pour elle, désormais, de revendiquer des origines divines. Ce prestige qu'elle a perdu, elle le retrouve dans la sainteté de l'un ou de l'autre de ses membres.

La littérature hagiographique est envahie par l'idéal aristocratique qui lui impose ses modèles et ses valeurs. Un type nouveau de sainteté va s'épanouir. Le saint ne donne plus l'image d'un anachorète et d'un homme retranché du monde: il appartient maintenant à la classe aristocratique et ses hautes origines - là, surtout, réside la nouveauté - ne sont plus considérées, dans son cheminement vers la béatitude, comme un lourd handicap. Le saint devient un homme étroitement lié au siècle qui exerce, conjointement, des activités religieuses et politiques: il met ses vertus au service du pouvoir.

Lambert de Liège, comme Eloi de Noyon, Arnoul de Metz ou Didier de Cahors, représente parfaitement ce type hagiographique nouveau.

Beaucoup plus proche des sphères de la politique, l'évêque mérovingien en retire de nombreux avantages matériels.

Mais il en connaît aussi les dangers: entre 669 et 675, l'évêque de Tongres Théodard est assassiné dans des circonstances qui demeurent fort obscures.

C'est alors que les hauts dignitaires du palais proposent au roi Childéric Il (662-675) de placer Lambert sur le siège épiscopal vacant.

Élevé à d'aussi hautes fonctions, Lambert devient, à la cour royale, un personnage influent : il apparaît comme un des conseillers les plus écoutés de Childéric.

Mais en 675, le « glorieux roi » est assassiné. Un ancien maire du palais, Ebroïn, que Childéric avait un jour fait tondre avant de l'interner dans un monastère, profite des circonstances pour s'échapper et, avec l'aide des Austrasiens, il s'empare de la mairie du palais de Neustrie et de Bourgogne qu'il gouverne sous l'autorité apparente de Thierry III. L'Austrasie se choisit comme roi Dagobert 11(676-679) que l'on rappelle d'Irlande: il règne avec l'aide de Wulfoald qui avait été tout puissant à la cour de Childéric II.

C'est au cours de cette période troublée que l'évêque Lambert fut déposé au profit d'un certain Pharamond qui dirigea l'église de Tongres-Maastricht pendant sept ans.

>>> Suite...

 

Réalisation : © Fabrice MULLER – 2004-2009.
Mise à jour de la page : 31-07-2009
Nombre de visiteurs :
FR – français Wallon de Liège NL – nederlands DE – deutsch EN – english IT – italiano ES – español LU – Luxembourg JP – Japan
FR WA NL DE EN IT ES LU JP