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Notger

 

Si dans la lignée des évêques de Liège un prélat fut effectivement l'homme d'exception, qui devait remplir ses devoirs et assumer sa mission de manière exemplaire et même au-delà de toute espérance, ce fut bien Notger, qui occupa le siège de saint Lambert de 972 à 1008.

Depuis 925, le duché de Lotharingie - vaste commandement politique et militaire situé entre l'Escaut et le Rhin et dans lequel le diocèse de Liège inscrivait ses contours - était incorporé au royaume de Germanie, dont le roi Otton Ier, en 962, avait reçu la couronne impériale, le précieux diadème de Charlemagne.

Originaire du monastère de Saint-Gall dans le duché de Souabe, - autre province germanique, - formé à la cour impériale, Notger fut véritablement désigné par le souverain au "poste" de Liège, en vue de faire respecter l'"ordre ottonien" dans une région de l'Empire fort turbulente et gravement menacée, de surcroît, par les ambitions territoriales du roi de France.

Homme tenace, réaliste, habile et très influent dans les allées du pouvoir, Notger va tirer tout le parti possible de sa position de combat. Pour lutter contre les dangers venant du royaume de l'Ouest, pour mater l'aristocratie lotharingienne, il lui faut des moyens, de grands moyens…

L'évêque de liège va les obtenir. En 980, il reçoit d'Otton II un privilège d'"immunité" générale qui fait de l'évêque, sous l'autorité directe du roi, le seul et unique maître de ses terres et de ses possessions : aucun fonctionnaire royal - en d'autres termes aucun comte - n'a le droit de pénétrer dans ces terres "immunisées" pour y exercer la justice, percevoir des impôts ou lever des troupes. En somme, les multiples domaines ruraux et urbains de l'évêque de Liège constituent autant de "trous" dans l'espace normalement administré, au nom du roi, par les comtes. Or ces "trous" sont occupés par le pouvoir public d'un évêque qui n'est pas à proprement parler un comte, même s'il se comporte, sur les terres de son Eglise, comme un véritable fonctionnaire royal. Le "comté" de l'évêque ne forme donc pas une circonscription aux contours clairement dessinés : il ressemble plutôt à une constellation d'éléments dispersés qui se love dans l'espace de la Meuse. Ce n'est pas un comté compact, c'est un comté de poussières…

L'étape suivante - nous voulons dire l'acquisition d'un véritable comté territorial relativement bien circonscrit - sera franchie quelques années plus tard : le 7 juillet 985, le roi Otton III abandonnait à Notger le comté de Huy. C'était la première fois qu'un souverain germanique faisait une pareille concession. Dès ce moment, l'évêque est devenu juridiquement comte - on dira plus tard prince - dans un espace qui recouvre non seulement ses propres terres mais également les domaines d'autrui.

"Inventé" à Liège au profit de l'évêque Notger, ce système, qui transforme l'évêque en véritable comte-fonctionnaire au service de l'empereur-roi, va s'étendre à toutes les Eglises épiscopales de l'Empire : à Cambrai, Utrecht, Munster, Cologne, Trèves, Mayence, Wurtzbourg, Spire, Strasbourg, etc. Ainsi naît ce que l'on a appelé le "système ottonien de l'Eglise impériale", qui consiste à confier aux évêques, nommés directement par le souverain, des biens et des droits publics en abondance. L'empereur gagnait ainsi sur tous les tableaux. Il gardait à sa disposition des ressources très considérables, qui ne risquaient jamais de lui échapper puisque les évêques, célibataires de par leur fonction même, ne pouvaient les transmettre, ni de droit ni de fait, à d'éventuels héritiers. En outre, les hauts dignitaires ecclésiastiques, par leur formation et par leur culture, étaient enclins à soutenir et le pouvoir et l'idéologie impériales; par leurs missions religieuse et intellectuelle, - ils étaient les gardiens du savoir, - par leurs devoirs moraux, ils jouissaient d'un prestige incontestable qui rejaillissait sur leur souverain maître.

Vers l'an mil, on vit donc, dans l'Empire germanique, se construire des principautés épiscopales dont les chefs, fidèles soutiens de l'empereur-roi, vont appuyer sa politique et son action tout en mettant leurs richesses à sa disposition, tout en levant des troupes pour son service, tout en édifiant des forteresses…tout en négligeant, très souvent, leurs fonctions épiscopales au profit de leurs activités princières.

Le comté de Huy constitue donc le noyau primitif de la principauté épiscopale de Liège. A ce comté viendra s'ajouter, en 987, celui de Brugeron (entre la Jette et la Dyle), plus quelques dizaines d'années plus tard, en 1040, le comté de Haspinga ou Hesbaye (entre Meuse et Geer).

Notger devait encore mettre la main sur les abbayes de Gembloux (987) et de Brogne ou Saint-Gérard (992).

Riche et puissant, l'évêque est en mesure, maintenant, de se lancer dans une politique de "grands travaux". La cité de Liège se transforme en chantier et devient rapidement une ville digne de l'évêque - prince fastueux qui en dirige, désormais, ici-bas la destinée, alors qu'au Ciel, saint Lambert, véritable propriétaire de ces immenses richesses, exerce sur son patrimoine toute sa puissance tutélaire. Notger entoure Liège d'une solide muraille, construit une nouvelle cathédrale au pied de laquelle fut érigée la petite église de Notre-Dame-aux-Fonts, un nouveau palais épiscopal - symboles de sa puissance religieuse et politique. Est achevée la collégiale Saint-Paul - l'actuelle cathédrale -; s'élèvent les collégiales Sainte-Croix, Saint-Denis et Saint-Jean - son tombeau. Saint-Barthélemy sera construite peu après lui, de même que les abbayes bénédictines de Saint-Jacques et de Saint-Laurent. Tous ces bâtiments religieux qui viennent s'ajouter aux sanctuaires plus anciens, - les collégiales Saint-Pierre et Saint-Martin, - forment comme une couronne d'églises autour de la cathédrale, épicentre religieux et politique du diocèse, cœur de la cité de saint Lambert, temple de la nouvelle Jérusalem !

Riche et puissant, l'évêque est en mesure, maintenant, de se lancer dans une politique de "grands travaux". La cité de Liège se transforme en chantier et devient rapidement une ville digne de l'évêque - prince fastueux qui en dirige, désormais, ici-bas la destinée, alors qu'au Ciel, saint Lambert, véritable propriétaire de ces immenses richesses, exerce sur son patrimoine toute sa puissance tutélaire. Notger entoure Liège d'une solide muraille, construit une nouvelle cathédrale au pied de laquelle fut érigée la petite église de Notre-Dame-aux-Fonts, un nouveau palais épiscopal - symboles de sa puissance religieuse et politique. Est achevée la collégiale Saint-Paul - l'actuelle cathédrale -; s'élèvent les collégiales Sainte-Croix, Saint-Denis et Saint-Jean - son tombeau. Saint-Barthélemy sera construite peu après lui, de même que les abbayes bénédictines de Saint-Jacques et de Saint-Laurent. Tous ces bâtiments religieux qui viennent s'ajouter aux sanctuaires plus anciens, - les collégiales Saint-Pierre et Saint-Martin, - forment comme une couronne d'églises autour de la cathédrale, épicentre religieux et politique du diocèse, cœur de la cité de saint Lambert, temple de la nouvelle Jérusalem !

C'est sous l'épiscopat de Notger, vers 980, qu'un des ses collaborateurs les plus proches, le moine Hériger de Lobbes, un des grands intellectuels de son temps, - un des maîtres de ces "écoles liégeoises" qui vont connaître, du Xe au XIIe siècle, une enviable réputation - , entame la rédaction des Gesta pontificum Tungrensium et Leodiensium, "Geste - traduisez : hauts faits et gestes - des évêques de Tongres et de Liège". Il s'agit d'expliquer, par l'écrit, ce qui fait la sainteté de la lignée épiscopale liégeoise et de monter en épingle la mission spirituelle et temporelle du prélat, héritier d'un patrimoine inestimable. Travail, riche de valeurs idéologiques, qui sera repris quelques dizaines d'années plus tard, vers 1050, par un chanoine de la cathédrale, Anselme.

Texte : Jean-Louis KUPPER ; extrait de "Liège, Autour de l'an Mil".

 

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