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Feuillets N° 16-17
LES FONTS BAPTISMAUX
De l'église Notre-Dame (conservés à l'église Saint-Barthélemy à Liège)
par Jean-Louis KUPPER
Qui n'a déjà entendu parler de ce "chef-d'œuvre
de l'art roman universel" qu'est la cuve baptismale de Saint-Barthélemy à Liège
?
Nul n'ignore que cette dénomination est inexacte. Les fonts
baptismaux appartenaient jadis à l'église Notre-Dame-aux-Fonts
qui était la paroissiale primitive de Liège, en même
temps qu'une annexe de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert
.
C'est dans ce sanctuaire, construit au pied même de la grande église
liégeoise, que fut installée, à l'aube du XIIe
siècle, la célèbre cuve métallique qui
devait rester, jusqu'à la Révolution, le principal
baptistère de la cité mosane.
Miraculeusement, pourrait-on dire, les fonts survécurent à la
destruction de la cathédrale et de l'église Notre-Dame à la
fin du XVIIIe siècle. C'est en 1804 qu'ils furent transférés
dans l'ancienne collégiale de Saint-Barthélemy, où ils
suscitent encore toute notre admiration.
Une chance, que l'on peut qualifier d'extraordinaire, nous vaut
d'avoir non seulement gardé la cuve baptismale mais aussi
un texte narratif, rigoureusement contemporain, qui relate la naissance
du chef-d'œuvre.
Ce précieux témoignage écrit est un poème
anonyme, rédigé par un chanoine de la cathédrale
liégeoise et qui a pour titre Chronicon rythmicum Leodiense.
A l'année 1118, la "chronique rimée liégeoise" mentionne
la mort de Hillin, abbé de Notre-Dame-aux-Fonts. Voici la
traduction du passage qui nous intéresse: "Le noble abbé Hillin
meurt En utilisant la technique du métal coulé, il
fit des fonts avec un art à peine comparable. Les douze bœufs
qui supportent les fonts donnent l'image de la grâce. Le sujet
traité est le mystère qui se réalise dans le
baptistère. Voici Jean qui baptise le Seigneur et Pierre qui
baptise le païen Corneille. On baptise Craton le philosophe.
Vers Jean afflue le peuple. Ce qui recouvre les fonts montre les
apôtres et les prophètes".
Cette description très fidèle et très précise,
ainsi que nous allons le voir, ne laisse planer le moindre doute
quant à l'identification de l'œuvre dépeinte:
c'est bel et bien des fonts de Notre-Dame dont il est question dans
ces quelques vers.
Dès lors, la datation de la cuve ne présente-t-elle
aucune difficulté. Théoduin, le prédécesseur
de Hillin, était toujours en vie en 1107 et son successeur
Hillin décéda en 1118: c'est donc entre ces deux dates
- 1107-1118 - que l'œuvre fut réalisée.
Les fonts de Notre-Dame - dont le couvercle qui représentait
les apôtres et les prophètes est malheureusement perdu
- adoptent la forme d'un bassin cylindrique. Comme le texte contemporain
l'indique avec une remarquable exactitude, ils ont été coulés,
d'une seule pièce, cuve et hauts-reliefs compris, selon la
technique de la cire perdue. Le métal utilisé est du
laiton, c'est-à-dire un alliage de cuivre et de zinc.
La cuve s'inspire de la Mer de bronze qui se trouvait placée,
selon l'Ancien Testament, vers le sud-est du temple de Salomon à Jérusalem.
A l'imitation de cette mer biblique. le bassin liégeois est
supporté par douze bœufs disposés trois par trois
et orientés vers les quatre points cardinaux.
EXTRAIT (sans notes) DU "FEUILLETS DE LA CATHEDRALE" N°16-17.
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