| |
Feuillets N° 33-38
Cloches et Carillons
Dans les principautés de Liège
et Stavelot-Malmedy
par Marc et Marie-Hélène MELARD-MARGANNE
D'après un rapport diocésain liégeois au Saint-Siège
daté de 1590, la cité de Liège
comprend, à cette époque, "outre la
cathédrale Saint-Lambert, sept collégiales, trente-deux églises
paroissiales, cinq abbayes, cinq couvents d'ordres mendiants, plusieurs
couvents d'hommes et de femmes, de telle sorte que la ville compte
au moins cent églises ou sanctuaires" .
Imaginons cette forêt de tours et de clochers sonores avec
l'historien Théodore Gobert dans sa description de Liège
sous l'Ancien Régime: "avant que les événements
aient transformé les mœurs, mis fin à de nombreuses
traditions séculaires, renversé maints édifices
témoins des triomphes et des vicissitudes de nos pères,
modifié profondément l'aspect topographique de notre
vieille cité, écrit-il , jetons un
dernier coup d'œil sur le pittoresque panorama qu'elle déroule à notre
vue. Transportons-nous sur la grande tour de la cathédrale
Saint-Lambert qui, la première, tombera sous les coups de "patriotes" mal
inspirés. Sa flèche est de niveau avec le sommet de
la Citadelle. De cette tour nous pouvons contempler Liége (sic) tout
entière (...). Dans la ville, les regards sont attirés
par une centaine de clochers de tous styles, de toutes formes et
de toutes dimensions. Ils élèvent fièrement
leurs flèches vers le ciel et leurs centaines de cloches réjouissent
les oreilles aux jours de fêtes, de mille sons d'intonations
différentes, mais qui produisent un ensemble d'une originale
harmonie."
Même si, pour des raisons diverses (incendies,
tremblements de terre, vétusté, destructions, guerres),
nombre de ces édifices ont disparu au cours des siècles,
spécialement
lors de la Révolution liégeoise et l'occupation de
nos contrées par les armées françaises (fin
XVIIIe / début XIXe siècles), il n'en reste pas moins,
aujourd'hui encore, dans la cité ardente, beaucoup de clochers
qui, derrière leurs hauts murs, recèlent un trésor
historique, artistique et musical aussi exceptionnel que méconnu
: une multitude de cloches, souvent fort anciennes.
Faut-il dès lors s'étonner que les Liégeois
aient choisi comme symbole de leur attachement viscéral à la
terre de leurs ancêtres, qui donna naissance à tant
de musiciens de talent, la cloche la plus célèbre de
leur défunte cathédrale? Dès 1822, le Liégeois
Charles-Nicolas Simonon exprimait sa "nostalgie de la patrie
perdue" en évoquant, dans un poème resté célèbre, "son
emblème campanaire, Li Côparèy(e)" . C'est
que, logée dans la grande tour de la cathédrale Saint-Lambert,
cette grosse cloche du couvre-feu avait été fondue
ou mise en pièces à la Révolution. Il n'en resterait à ce
jour qu'un seul fragment, triangulaire et de petite taille, conservé dans
les réserves du Musée Curtius .
EXTRAIT (sans les notes) DU "FEUILLETS DE LA CATHEDRALE" N° 33-38.
|
|